Partygate : Boris Johnson, rescapé pour combien de temps ?
Article publié le 7 juin 2022. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Deux ans et demi après sa victoire triomphante dans les urnes, le dirigeant de 57 ans, de plus en plus contesté, a encore démontré sa capacité à se sortir des situations des plus délicates. Le premier ministre britannique était en effet soumis à un vote de défiance en raison du scandale du « Partygate », ces fêtes illégales et particulièrement arrosées organisées à Downing Street pendant les confinements. Et le vote de lundi est loin d’être unanime : Boris Johnson est maintenu dans ses fonctions depuis lundi 6 juin 2022 par 211 voix pour. Un résultat qui contribue au contraire à souligner les divisions au sein même du parti conservateur.
Une victoire loin d’être éclatante
Sur les 359 députés conservateurs ayant voté, 211 se sont prononcés en faveur de l’ancien maire de Londres, contre 148 qui souhaitaient l’évincer. Boris Johnson loin d’être découragé par ces résultats continue malgré tout de s’accrocher à son poste de premier ministre. Il s’est même empressé de saluer un « résultat convaincant » qui permet de « passer à autre chose », appelant son parti à l’unité et se disant « certainement pas intéressé par des élections anticipées ».
Ce vote, signal d’un départ imminent de Downing St selon les analystes
Mais les analystes l’affirment : ce vote signale un départ imminent de Downing Street. En effet ce sont 41% de ses propres députés qui se sont retournés contre lui. Avec une majorité de seulement 63 voix, “Boris Johnson a peut-être gardé son poste, mais il a perdu le pouvoir“, commente l’analyste Beth Rigby « Un Premier ministre avec un sens de l’honneur regarderait les chiffres, accepterait le fait qu’il a perdu le soutien d’une partie importante de son parti et réfléchirait à sa position, mais je ne pense pas qu’il le fera », a réagi le député frondeur Roger Gale Alors que fin 2018, Theresa May avait survécu à une motion de défiance avec une marge plus large que son successeur, avant de démissionner quelques mois plus tard, trop fragilisée pour diriger. De plus, les sondages suggèrent qu’une majorité de l’électorat britannique souhaite sa démission. Selon l’analyse Jonathan Tonge, professeur de politique à l’Université de Liverpool, “Cela montre à quel point Boris Johnson est devenu un repoussoir électoral.”
Un sondage du Sunday Times prévoit une lourde défaite des Tories contre le Parti travailliste lors de l’élection partielle du 23 juin à Wakefield, près de Leeds, dans le nord de l’Angleterre. Les votes conservateurs devraient plonger, notamment parmi les anciens pro-Labour passés conservateurs ces vingt dernières années.
What’s next ?
Selon un article de la BBC, maintenant que Boris Johnson a survécu au vote, il peut rester chef du Parti conservateur et donc Premier ministre. De plus selon la loi, les députés conservateurs ne seront pas autorisés à tenir un autre vote de confiance pendant un an. Cependant, il serait possible de tenir un autre vote plus tôt. Interrogé à ce sujet, Sir Graham Brady, député – qui supervise le processus – a déclaré que c’était techniquement possible.
Bien qu’il ait remporté le vote, les défis ne s’arrêtent pas pour Boris Johnson : le 23 juin, de nouvelles élections partielles auront lieu à Wakefield, Tiverton et Honiton. Les deux sièges étaient auparavant détenus par les conservateurs et, s’ils devaient être perdus au profit des partis d’opposition, le Premier ministre serait confronté à nouveau à la pression d’une destitution de poste, ou du moins limité dans ses actions.
Le jubilé de la reine Elizabeth II a contribué à souligner plus clairement que jamais le contraste entre le respect accordé par le peuple britannique à la reine et le mépris qu’il voue au chef du gouvernement : lorsque Boris Johnson est arrivé à la cathédrale Saint-Paul samedi pour assister à la messe donnée en l’honneur des 70 ans de règne de la reine, c’est avec des huées que la foule l’a accueilli.