La semaine de quatre jours testée au Royaume-Uni : bonne nouvelle pour les employés et les entreprises ?
Article publié le 30 mai 2022. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Le format de la semaine de quatre jours est à nouveau testée, cette fois au Royaume-Uni : 60 entreprises et plus de 3000 employés seront soumis à un essai de six mois dans le secteur des services, qui représente 80% de l’économie du pays.
L’essai le plus vaste au monde jamais mené
Vanté comme le plus vaste au monde jamais mené, cet essai permettra aux entreprises de baisser leurs heures de travail sans toutefois baisser les salaires ni ralentir leurs activités. Ce nouveau jour de congé offre de nouvelles perspectives, que ce soit pour se découvrir un nouveau centre d’intérêt, se rapprocher de sa famille… “Il y a tellement de choses que l’on peut faire avec un jour supplémentaire !” s’enthousiasme Louis Bloomsfield dans un article du Figaro, jeune brasseur de 36 ans qui oscillait entre le bénévolat et l’acquisition de nouvelles compétences pour le bien de sa profession.
Le sacrifice de la croissance ?
“Pour certains secteurs, comme celui de la distribution, l’alimentation et les boissons, ce nouveau format sera plus compliqué à mettre en place”, explique Jonathan Boys, économiste à l’Institut du développement personnel, une association de professionnels des ressources humaines. D’après lui, la clé de la réussite de l’essai sera donc de mesurer la productivité, particulièrement dans une économie des services où beaucoup du travail est moins quantifiable que la production d’une usine. « Si vous passez de cinq jours à quatre, vous perdez une journée de travail, et par conséquent de la production. Donc la vraie question c’est : […] est-ce qu’une hausse de productivité va compenser ce jour qui a été perdu ? […] Si ce n’est pas le cas, alors nous aurons beaucoup de mal à maintenir la semaine de quatre jours sans sacrifier de la croissance ».
Essais à travers le monde
Des essais similaires ont eu lieu en Espagne, Islande, États-Unis et Canada, et doivent démarrer en août en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Alex Soojung-Kim Pang, directeur de programme chez 4 Day Week Global, association qui organise ces essais, affirme que le test britannique sur six mois aura l’avantage de donner plus de temps aux entreprises pour expérimenter et rassembler des données.
La Société Royale de Biologie, qui participe aussi à l’essai, affirme qu’elle veut donner aux employés « plus d’autonomie ». Comme Pressure Drop, elle espère qu’une semaine de travail plus courte pourrait attirer de nouveaux employés et surtout aider à garder les meilleurs, dans un marché du travail particulièrement tendu au Royaume-Uni. À 3,7%, le taux de chômage est au plus bas en près de 50 ans et les offres d’emploi, qui ont atteint un record à 1,3 million.
La semaine de quatre jours, un “superpouvoir à embauches”
Cependant, plusieurs études sont optimistes et montrent que ce format de semaine de quatre jours réussit plutôt bien tant aux employés qu’aux entreprises : Aidan Harper, coauteur d’un livre qui promeut un temps de travail sur quatre jours (The Case for a Four Day Week),affirme que les pays qui travaillent moins ont tendance à avoir une productivité plus élevée. « Le Danemark, la Suède, les Pays-Bas travaillent moins que le Royaume-Uni et ont des niveaux élevés de productivité », explique-t-il. A l’inverse, il ajoute que la Grèce est l’un des pays d’Europe avec les plus longues heures de travail pour une faible productivité. Pour Phil McParlane, fondateur du cabinet de recrutement 4dayweek.io, une semaine de travail plus courte est une option gagnante pour les entreprises comme les employés. Il parle même d’un « superpouvoir à embauches ». Son cabinet de recrutement spécialisé dans le travail flexible et les emplois sur quatre jours hebdomadaires, dit que le nombre d’entreprises qui veulent embaucher à travers sa plateforme a quadruplé ces deux dernières années, témoignant de la montée en force du travail hybride et de la quête d’une meilleure qualité de vie après deux ans de pandémie.