Hillsborough, 20 ans après, justice toujours demandée
Mi-mai 2019, la justice britannique a condamné l’un des responsables de la sécurité du stade de Hillsborough en 1989 à une amende de près de 7500 euros. De…
Article publié le 31 juillet 2019. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Mi-mai 2019, la justice britannique a condamné l’un des responsables de la sécurité du stade de Hillsborough en 1989 à une amende de près de 7500 euros. De quoi décevoir les proches des victimes qui ont péri dans ce même stade il y a maintenant trente ans. Retour sur un drame qui a marqué l’histoire du football anglais, et dont les rebondissements sont encore d’actualité.
« Sous la poussée des supporters, les spectateurs s’écrasent contre les grilles de protection. Déjà, des regards s’éteignent, des mains s’amollissent sur les mailles de métal, des corps se dérobent. Déjà, la mort a frappé dans la foule », écrit Paris Match le 27 avril 1989. Qu’est-ce que le drame de Hillsborough, responsable de la mort de 96 supporters de Liverpool ?
Hillsborough : un fête qui tourne en cauchemar
Le football, une passion pour les Anglais. Les supporters ont de quoi rappeler les Marseillais qui se pressent au Vélodrome, arborant fièrement les couleurs de l’Olympique de Marseille. La Coupe du Monde 2018 nous a montré à quel point le football est un pilier de la culture du pays, alors que l’accès en demi-finale de l’équipe britannique a fait battre le cœur des fans. Mais avant de soutenir leur équipe nationale, ces derniers sont d’abord des fervents supporters de leurs joueurs locaux. Chaque match, très attendu, est synonyme de liesse populaire, d’amateurs de football qui se pressent dans les stades ou dans les pubs pour encourager leur équipe. Le match du 15 avril 1989 qui opposait le Liverpool FC à Nottingham Forest aurait dû être une fête. Mais ce jour-là, 96 supporters sont morts à Sheffield, ville du nord de l’Angleterre. À l’occasion de la coupe nationale, il était décidé que la demi-finale se jouerait dans le stade de Hillsborough et que la tribune ouest prendrait en charge les supporters de Liverpool. Comme ce club est particulièrement populaire, les supporters étaient nombreux, peut-être un peu trop. À cette époque, la tribune n’a pas de place assise et les spectateurs doivent rester debout. Des grillages font le tour du terrain pour éviter tout débordement. Les tribunes sont également entrecoupées par des grillages, afin de rendre le contrôle de la foule plus aisé. Sans ces dispositifs, l’issue du drame aurait pu être tout autre.
En début d’après-midi, l’arrivée des spectateurs, en grande partie issus de la classe ouvrière anglaise, est très confuse. À cause d’embouteillages entre Sheffield et Liverpool, ceux qui sont venus en cars sont en retard et le coup d’envoi va bientôt être lancé. Entre 14 heures et 14 heures 45, la foule s’entasse dans la zone qui donne accès à la tribune ouest. Sur leur chemin, des tourniquets, chargés de ralentir le débit de personnes. La queue est déjà trop longue et les gens ne cessent d’affluer. Les places ne sont pas vérifiées, les supporters ne sont pas comptés. La police chargée du match prend alors la décision d’ouvrir un deuxième accès sans tourniquet, qui est normalement destiné à la sortie. La foule se rue dans cette direction. Les parties centrales de la tribune ouest sont déjà pleines à craquer, mais étrangement, les défenseurs du Liverpool FC sont toujours orientés vers ces zones. Alors qu’ils avancent dans le tunnel qui mène aux tribunes, ces derniers ne se doutent pas que, malgré eux, ils participent à l’horreur que sont en train de vivre les supporters déjà entrés. Dans la tribune ouest, c’est le chaos : bousculades, suffocations, gens écrasés contre les grillages… Dans le stade, personne ne prend la mesure de la tragédie qui est en train de se dérouler et le coup d’envoi est donné à 15 heures, comme convenu. Mais l’arbitre comprend que quelque chose se passe et dans la tribune ouest, c’est la panique totale. Les supporters sont totalement livrés à eux-mêmes : certains tentent d’escalader les grilles, d’autres s’engouffrent dans une brèche du grillage qui ne sera pas suffisante pour sauver tout le monde, ou bien sont hissés par les spectateurs de la tribune supérieure.
Le terrain est envahi par les supporters de Liverpool qui s’effondrent au sol, n’arrivent plus à respirer, une partie souffrant d’asphyxie. Les policiers, les services médicaux ainsi que les autres supporters peinent à gérer la foule. Sur place, les moyens manquent : les valides essayent de réanimer les victimes, les panneaux publicitaires font office de brancards et le gymnase de Sheffield de morgue. Finalement, ce sont 94 personnes qui mourront le 15 avril 1989 dans ce qui sera appelé la tragédie de Hillsborough. Lee Nicol, alors âgé de quatorze ans, succombe à ses blessures au bout de quatre jours. Le 96ème fan, resté jusque là dans un état végétatif, mourra quatre ans plus tard, venant ajouter son nom au mémorial des victimes érigé à Anfield.
Les proches des victimes en quête de vérité
En plus d’être un drame sans précédent, la tragédie de Hillsborough est une histoire judiciaire qui n’en finit pas, particulièrement douloureuse pour les proches des victimes. Dans les jours qui suivent l’événement, la faute est imputée aux fans de Liverpool. Leur réputation est pour le moins déplorable. Quatre ans auparavant, certains hooligans d’Anfield avaient été impliqués dans un mouvement de foule qui avait fait 39 morts. Après le match du 15 avril 1989, les amateurs de football ont d’abord été accusés d’avoir voulu passer sans payer, allégation rejetée par le juge Taylor, en charge de l’enquête, dans son rapport final. Mais c’est surtout la Une du Sun, quatre jours après le drame, qui a été vue comme une insulte à la mémoire des victimes. L’article, titré « THE TRUTH » (« La vérité »), rejette la faute sur les supporters : ces derniers auraient été avinés, s’en seraient pris aux forces de l’ordre ainsi qu’aux secouristes pendant l’événement tragique. Certaines déclarations des policiers vont jusqu’à accuser les supporters de nécrophilie. Mais l’enquête est claire : les premiers responsables sont les forces de l’ordre : « La tragédie de Hillsborough a été provoquée par une affluence massive, la cause principale du désastre est l’incapacité des forces de l’ordre gérant la foule ». Les supporters étaient des personnes lambdas, certains d’entre eux même venus en famille soutenir leur équipe préférée. Aujourd’hui encore, le journal fait l’objet d’un boycott dans la région de Liverpool. Le 7 juillet 2004, le Sun s’excusera enfin, affirmant avoir fait « l’erreur la plus terrible de son histoire ».
C’est le début d’un long combat judiciaire. En 2012, la tragédie est reconnue comme accidentelle par une décision issue d’une nouvelle enquête demandée par les proches. Mais les familles ne sont pas satisfaites, et rejettent cette conclusion. La même année, David Cameron présente à son pays ses excuses, alors qu’un rapport d’experts venait de sortir, accusant la police d’avoir manipulé les preuves pour s’innocenter.
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Pendant deux ans, plus de 800 témoins défilent devant un jury chargé de définir les circonstances et les causes du drame. Jamais une procédure judiciaire n’a duré aussi longtemps au Royaume-Uni. Le jury se retrouve le 6 avril 2014 pour délibérer et il dédouane les supporters de toute responsabilité. Nouveau rebondissement en mars 2015 : lors d’une audition, le chef de police chargé de la gestion du stade le jour du drame, David Duckenfield, reconnaît avoir une part de responsabilité dans les décès des supporters de Liverpool.
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Par ailleurs, le 12 mars 2015, le chef chargé de la sécurité du stade à l’époque admet avoir menti. 27 ans après le drame, les familles des victimes voient enfin leurs proches décédés lavés de toutes accusations. Ces derniers sont désignés par la justice comme victimes et c’est la police qui est reconnue fautive. Mais ce n’est pas la fin de ce combat douloureux. Si la décision de la justice ne permet pas de condamnation, une autre procédure pénale et un procès peuvent être entamés, mettant en cause les dysfonctionnements le jour du match. Le parquet de sa Majesté a, en avril 2016, indiqué qu’il voulait « étudier formellement si l’accusation de crime peut être portée contre un individu ou une institution sur la base des preuves produites ».
Alors qu’un hommage vibrant avait été rendu aux victimes le 15 avril dernier, soit 30 ans après le drame, une nouvelle décision a été prise par la justice. Graham Mackrell, chargé de la sécurité du stade le 15 avril 1989 a été condamné à 6 500 livres (7 500 euros) pour infraction à la sécurité. À l’époque, seuls sept tourniquets étaient installés pour gérer plus de 10 000 personnes. Un tel dispositif était incapable d’empêcher une foule de se former, ce qu’a remarqué le juge Peter Openshaw qui a déclaré que Graham Mackrell « aurait dû se rendre compte du risque évident qu’un tel nombre de spectateurs puisse franchir sept tourniquets à temps pour le coup d’envoi ». Cependant, il a ajouté que cette infraction n’était pas responsable de ce drame. Cette amende infligée n’a pas manqué de provoquer l’indignation des victimes. Le père de Christine Burke est mort dans la tragédie. Selon elle, Graham Mackrell « aurait dû être licencié immédiatement ». Cependant, il a « continué sa carrière » et « il a été promu ». Louise Brooks, dont le frère Andrew a fait partie des supporters décédés, a déclaré « Nos 96 méritent mieux que ça ». D’après son calcul, le montant de l’amende « fait 67 70 livres par personne ». « Honteux. Trente ans pour arriver à ça… ».
C’est également le procès de David Duckenfield qui risque de décevoir les proches des victimes. Celui-ci est poursuivi pour homicide involontaire en raison de la négligence dont les 96 supporters ont fait les frais. Le jury n’est pas parvenu à formuler un verdict mettant en cause sa responsabilité. Le mois prochain, la justice décidera s’il doit être rejugé. Il semble que le feuilleton judiciaire de la tragédie de Hillsborough ne soit pas près de se terminer…