Hamilton à Londres : le guide de la comédie musicale au Victoria Palace Theatre
Au Victoria Palace depuis 2017 : l'histoire de Hamilton, le hip-hop de Lin-Manuel Miranda, ce qu'on y voit, La Fayette le Français, l'anglais, la salle et les billets.

Depuis décembre 2017, le Victoria Palace, à deux pas de la gare de Victoria, raconte en hip-hop la vie d’Alexander Hamilton, l’un des pères fondateurs des États-Unis. C’est aussi le spectacle du West End qui donne le plus beau rôle à un Français, le marquis de La Fayette : voici ce qu’il faut savoir avant de réserver.
Septième fiche de notre série sur les spectacles du West End, après Les Misérables, Mamma Mia !, Le Roi Lion, Moulin Rouge !, Wicked et Paddington. Pour l’histoire du genre, lire aussi notre histoire du West End et de la comédie musicale.
« J’ai toujours trouvé fascinant qu’un spectacle puisse vous faire oublier l’heure pendant près de trois heures, et Hamilton fait exactement cela. Ce qui frappe d’abord, c’est l’énergie : les acteurs enchaînent rap, hip-hop, R&B et chansons plus classiques avec une virtuosité assez incroyable. Mais derrière cette performance musicale, il y a une vraie intelligence de mise en scène. Le décor, volontairement épuré, avec sa scène tournante et ses jeux de lumière, laisse toute la place aux comédiens et à la chorégraphie. Les costumes d’époque côtoient une musique résolument contemporaine, et ce décalage fonctionne à merveille.
Au départ, je dois bien avouer que l’idée de raconter la naissance des États-Unis avec du rap m’avait laissé perplexe. Et puis on découvre la richesse du texte, les rivalités politiques, les ambitions personnelles, les histoires d’amour et les trahisons. Alexander Hamilton devient un personnage étonnamment moderne, avec ses contradictions, son ambition dévorante et son besoin de laisser une trace. C’est aussi ce qui rend le spectacle accessible : on n’a pas besoin de connaître l’histoire américaine sur le bout des doigts pour comprendre les enjeux.
Après vingt ans à fréquenter les théâtres londoniens, je sais qu’il est rare de sortir d’une salle avec autant d’énergie et de choses à raconter. Hamilton est bien plus qu’une comédie musicale spectaculaire : c’est une leçon d’histoire qui a du rythme, du cœur et une sacrée personnalité. Et franchement, faire aimer la politique du XVIIIe siècle à un public du XXIe, c’est déjà un petit exploit ! »
Jean Viry-Babel, directeur de la publication de Londres Mag
D’une biographie à Broadway
Tout part d’un livre : Alexander Hamilton, la biographie de l’historien Ron Chernow, que le compositeur et comédien new-yorkais Lin-Manuel Miranda adapte pour la scène. Il y trouve l’histoire d’un orphelin des Antilles britanniques qui arrive sans un sou à New York, se bat dans la guerre d’indépendance, écrit plus que tout le monde et devient le premier secrétaire au Trésor des États-Unis. Il la raconte avec la musique de son temps, rap et hip-hop mêlés aux ballades de Broadway.
Mis en scène par Thomas Kail, le spectacle est d’abord créé au Public Theater, à New York, puis ouvre à Broadway, au Richard Rodgers Theatre, le 6 août 2015. En avril 2016, il reçoit le prix Pulitzer de théâtre, le neuvième décerné à une comédie musicale.
Londres l’accueille deux ans plus tard. Retardées de quinze jours pour finir les travaux de la salle, les premières représentations commencent le 6 décembre 2017, et la première officielle a lieu le 21 décembre. Aux Olivier Awards du 8 avril 2018, au Royal Albert Hall, Hamilton obtient un record de 13 nominations et sept prix, dont celui de la meilleure comédie musicale nouvelle, celui du meilleur acteur pour Giles Terera, qui jouait Aaron Burr, et celui du second rôle pour Michael Jibson, inoubliable George III.
Ce que vous verrez
Le récit est chanté presque de bout en bout, par une troupe qui joue les pères fondateurs sans chercher à leur ressembler. Le premier acte suit l’ascension de Hamilton, de son arrivée à New York à la victoire de Yorktown, avec ses amis de la révolution et les sœurs Schuyler, dont Eliza, qu’il épouse. Le second montre l’homme d’État, ses joutes avec Thomas Jefferson, mises en scène comme des battles de rap, ses erreurs, et sa rivalité avec Aaron Burr, le narrateur, qui court tout au long de la soirée.
Les chansons à connaître : « My Shot », « The Schuyler Sisters », « Satisfied », « Wait For It », « The Room Where It Happens » et « It’s Quiet Uptown ». Côté britannique, le roi George III n’apparaît que par intermittence, mais « You’ll Be Back », sa chanson de rupture avec les colonies, est une parenthèse comique qui prend un sel particulier quand on l’écoute à Londres, à dix minutes à pied de Buckingham Palace.
La Fayette, le Français de l’histoire
Le spectacle donne un rôle de premier plan au marquis de La Fayette. Né en 1757, le jeune aristocrate achète un navire, la Victoire, pour rejoindre les insurgés américains malgré l’interdiction du roi ; le Congrès l’accueille à Philadelphie en juillet 1777, à 19 ans, et en fait un major général, sans solde. En 1780, il repart de France sur la frégate Hermione pour annoncer l’arrivée des renforts de Rochambeau, puis commande des troupes en Virginie jusqu’à la reddition britannique de Yorktown, en octobre 1781.
Dans Hamilton, La Fayette est l’ami de la bande, celui qui ramène la France dans la guerre. Son morceau de bravoure, « Guns and Ships », est un rap lancé à toute vitesse. Au second acte, le même comédien revient en Thomas Jefferson : à Londres, la création du double rôle par Jason Pennycooke lui a valu une nomination aux Olivier Awards.
Pour qui, et faut-il bien parler anglais ?
La production conseille le spectacle à partir de 10 ans, à cause du langage cru ; les moins de 3 ans ne sont pas admis et les moins de 16 ans doivent être accompagnés d’un adulte.
L’anglais est le vrai obstacle. Tout passe par les paroles, débitées à grande vitesse, avec beaucoup de références à l’histoire américaine. Si votre anglais est scolaire, écoutez l’album avant d’y aller et relisez le résumé ci-dessus : vous suivrez l’histoire et l’émotion, sans saisir chaque rime. Le site officiel signale l’application GalaPro, qui propose des sous-titres sur téléphone à toutes les représentations, et une représentation sous-titrée le 14 avril 2027.
Le Victoria Palace Theatre
La salle est la dernière que Frank Matcham, le grand architecte des music-halls édouardiens, a dessinée à Londres. Elle ouvre le 6 novembre 1911, à l’emplacement d’un ancien music-hall installé au-dessus des écuries d’un hôtel. C’est là que naît en 1937 Me and My Girl, là que le Crazy Gang fait rire Londres de 1947 à 1962, là que Billy Elliot reste à l’affiche de 2005 à 2016. Rachetée en 2014 par Delfont Mackintosh, la société de Cameron Mackintosh, elle a été entièrement rénovée en 2016 et 2017 pour accueillir Hamilton. Elle compte 1 557 places sur trois niveaux.
Comme l’Apollo Victoria, qui accueille Wicked de l’autre côté de la gare, elle n’est pas dans le quartier des théâtres mais à Victoria, à un quart d’heure à pied de l’abbaye de Westminster.
Billets : combien et comment
Il y a huit représentations par semaine, du lundi au samedi en soirée, avec deux matinées le jeudi et le samedi, et les réservations sont ouvertes jusqu’au 2 octobre 2027. Le site officiel ne donne pas de prix d’appel : le tarif dépend de la date, et les meilleures places partent vite le week-end. La loterie officielle propose chaque semaine des places à 10 £ pour la semaine suivante, selon British Theatre. Vérifiez les horaires de Noël sur le site officiel avant de réserver.
Sources
- Delfont Mackintosh Theatres, Hamilton au Victoria Palace Theatre
- Delfont Mackintosh Theatres, durée de Hamilton
- Wikipedia, Victoria Palace Theatre
- Wikipedia, Laurence Olivier Awards 2018
- Wikipedia, Jason Pennycooke
- TheaterMania, Hamilton reçoit le prix Pulitzer 2016
- BnF, France-Amériques : La Fayette
- Stagefaves, report de l’ouverture londonienne
- British Theatre, guide de Hamilton à Londres
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