Découvrez Géraldine Lestage et son “Premier Jet” de génie
Article publié le 14 novembre 2019. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Artiste-peintre adepte de dripping, Géraldine Lestage expose ses talents suisses dans l’intimité du bar-café Jam in a Jar du 23 octobre au 24 novembre.
Haringey, 9°C, 12PM. Géraldine Lestage prend la pose devant l’objectif de son ami photographe Judson. Elle sourit d’un air timide entourée de ses immenses toiles blanches sur lesquelles des éclaboussures noires décrivent des silhouettes et des visages. L’audace et l’expressivité des personnages qu’elle peint contrastent avec la réserve et la discrétion qui la caractérisent. Laissant deviner une dentition parfaite, un portrait éclate de rire quand plus loin, un corps androgyne aux seins nus lève un poing au ciel. À côté d’elles se trouvent deux amants suspendus dans une danse passionnée qui donnent le relai imaginaire à une danseuse en chute libre. Les toiles de Géraldine se font écho et se répondent en sourdine sur les murs du bar-café. L’endroit vibre de créativité, des peintures aux mélodies venues du monde entier. Parce que Jam in a Jar est cet endroit qui fait battre le cœur de Haringey, quartier perché au nord-est de Londres. À la croisée de leurs chemins, les musiciens s’y retrouvent et improvisent des airs joyeux les doigts filant sur leur piano, guitare et contrebasse. “Ici, on ne s’intéresse pas vraiment à la nationalité des gens mais plutôt à ce qu’ils aiment faire. C’est ce pourquoi nous encourageons les artistes locaux à venir exposer leurs œuvres sur nos murs” explique Alberto, un des gérants de Jam in a Jar en charge des artistes. Tasse de café fumante posée devant lui, son regard expert se pose sur les toiles suspendues. “Géraldine est une de nos habituées, nous avons tous été impressionnés par la beauté de son travail. C’est avec plaisir que nous avons accepté d’exposer ses tableaux” déclare-t-il.
Rendez-vous en terres inconnues
Turquie, Italie, Algérie, Grèce, Albanie, Allemagne ou encore Suisse et France, l’art agit comme un liant dans cette communauté haute en couleurs. Les gérants comme les clients ont quitté leur terre natale pour mélanger leur singularité au melting-pot de la capitale britannique. Issue d’une famille franco-suisse, Géraldine explique avoir fait ses premiers pas dans l’école d’art de La Chaux-de-Fonds où l’artiste ubiquiste Le Corbusier lui-même a étudié. S’inspirant des lignes de l’Art Nouveau, sa technique de dripping consiste à laisser goutter librement de la peinture sur une toile vierge.*“Tout a commencé un jour de colère, j’avais besoin de me défouler. J**’*ai alors lancé de la peinture surune plaque de contre-plaqué sur le sol et de là est né un visage, reflet de mes émotions. Depuis, le dripping est mon moyen d’expression favori.” Porte d’entrée dans sa propre vie, les peintures de Géraldine invitent les passants à pénétrer dans l’intimité du bar-café. “L’année 2018 a été très difficile pour moi”, confie Géraldine. “J’ai réalisé que je ne me connaissais plus, j’ai alors dû me réinventer. Pratiquer le yoga et revoir mes amis m’ont appris à me concentrer sur le positif présent dans ma vie”, précise-t-elle. Malgré tout, l’artiste suisse se dévoile difficilement et préfère donner la parole à ses tableaux. “Quand je peignais, je voulais que mes peintures soient imprégnées d’une bonne énergie. Je voulais qu’elles soient le moyen de partager cette positivité qui m’a poussée à organiser cette exposition”, affirme Géraldine.
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À la rencontre de soi-même
Comme un tableau dont on parvient à saisir l’essence à force d’observation, Géraldine accepte de lever le voile sur son processus créatif. Après quelques heures passées dans le bar-café, elle confie à voix basse le secret de la réalisation de ses tableaux. Elle explique plonger le manche d’un pinceau dans un grand pot de peinture sur fond de musique classique ou suivant la voix puissante de Woodkid. La toile de coton brut étalée au sol reçoit la pluie d’acrylique noire en rythme avec les émotions de Géraldine. Les courbes gracieuses et spontanées prennent vie sans se soucier des lois traditionnelles du dessin**,** qu’elle perçoit comme une entrave à son expression personnelle. Au premier coup d’œil, le combat mené entre diktat de technicité et liberté se ressent clairement. Peut-être est-ce lié à la formation musicale de l’artiste qui, avant de s’adonner à la peinture, a pratiqué le piano pendant dix ans. Des touches noires et blanches du piano, elle passe à la peinture noire et aux toiles blanches sur lesquelles la mélodie de ses émotions résonne. Quant à la signification de ses tableaux, elle laisse volontairement le champ des interprétations ouvert au public car la liberté est le fil rouge de sa créativité. Reconnaît-on Janis Joplin dans “Smile” ou encore Amy Winehouse dans “I am a dreamer” ? S’agit-il d’une dispute ou de la promesse d’une union dans “Dance Fight” ? À chaque éclaboussure, ses tableaux interrogent les visiteurs et évoquent des situations et des personnes connues ou imaginées. Inspirée par le monde onirique de Salvador Dalí, Géraldine affirme peindre “un monde imaginaire de rêves éveillés” où les expressions du corps et des émotions parlent d’une seule et même voix. “Premier Jet” est avant tout une invitation à la découverte de soi et des autres, dans un endroit où il fait bon vivre, chanter, et rencontrer l’altérité.
Artiste plurielle et philanthrope
Une partie des ventes de ses œuvres est reversée à deux associations : SOAS Detainee Support et One Tree Planted. La première organisation soutient les personnes ayant immigré au Royaume-Uni et placées en centre de détention dans l’attente de leur déportation. La seconde œuvre à la reforestation des terres en Amérique du Nord et du Sud, en Asie et en Afrique. Géraldine explique avoir voulu trouver une association “qui plante des arbres comme des sourires” au service des humains et de la planète.
Mélanie Tuel
© Judson Vaughan
PRATIQUE
Exposition “Premier Jet”
du 23 octobre au 24 novembre
au Jam in a Jar, 599 Green Lanes, N8 0RE
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