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Vie pratique

Le recrutement anglais : comment s’y préparer ?

La rédaction,

Article publié le 19 mars 2018. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Pour les Français qui arrivent à Londres, la recherche d’emploi peut vite se révéler compliquée. Postuler en Angleterre est en effet bien différent de ce qu’on connaît en France. Pour présenter une candidature réussie, il faut s’adapter aux attentes locales et bousculer ses habitudes, notamment en matière de CV. Emmanuelle Thomas, responsable du service recrutement à la CCI de Londres, nous éclaire sur les spécificités du recrutement à l’anglaise et donne ses conseils aux candidats.

Quelles sont les grandes différences entre le recrutement en France et en Angleterre ?

En France, on va vous demander quelle école vous avez fait, alors qu’ici en Angleterre, on va plutôt faire attention aux compétences des candidats. Quand on construit un CV en anglais, c’est toujours autour des compétences. Ensuite, on explique comment et où on a acquis telle ou telle compétence. C’est pour moi la grande différence entre l’Angleterre et la France. Ici, on peut ne pas avoir fait la meilleure école, mais avoir acquis plein de compétences grâce à ses expériences et ainsi devenir un excellent candidat. Les Anglais s’intéressent beaucoup au travail quotidien de la personne. Les difficultés qu’elle a pu rencontrer, comment elle les a surmontées, les résultats qu’elle a obtenus et ce qui la rend fière au quotidien dans son travail importent plus que le nom de l’entreprise pour laquelle elle a travaillé. Mais ça reste une tendance, car nous avons aussi des clients anglais qui sont très attachés aux études et des clients français qui me disent préférer une personnalité et des compétences.

Quelles sont les spécificités du recrutement à l’anglaise ?

En Angleterre, même si Linkedin grossit beaucoup ces dernières années, les processus de recrutement sont différents. Souvent, quand on postule ici, on ne postule pas directement dans une entreprise, contrairement à la France, mais dans 80-90% des cas, on va passer par une agence, qui va faire le premier filtre. La sélection au départ est plus difficile. Pour des Français qui arrivent ou qui sont déjà là et qui n’ont jamais cherché de travail, c’est toujours compliqué à comprendre. Une fois que le candidat a été sélectionné, plus le poste est senior, plus il y a d’entretiens. Il y a aussi souvent des mises en situation ici. Les candidats sont accueillis pendant une journée pour tester le poste et être testés par l’entreprise. Plus le poste est senior, haut dans la hiérarchie, plus c’est fréquent.

Comment postuler correctement à Londres ?

Pour bien postuler en Angleterre, ça peut paraître évident, mais il faut maîtriser l’anglais. C’est compliqué de se dire qu’on peut trouver un travail ici sans parler anglais. Et par parler anglais, je veux dire vraiment bien maîtriser la langue. Quand on avance dans sa carrière, ça devient de plus en plus important. Il faut savoir se présenter en anglais correctement. Les Anglais sont très forts pour raconter des histoires et se vendre. Le Français s’excuse d’être là, il parle de son école et ne met pas en avant ses résultats, alors que les Anglais commencent par aborder leurs résultats, sont fiers de ce qu’ils ont accompli. Ensuite, il faut un CV qui soit construit autour des compétences et pas autour des études et un Linkedin bien fourni. Il faut une expérience détaillée et un profil actualisé, qui affiche la ville où vous vous trouvez et où vous cherchez un emploi, pas celle d’où vous venez. Si vous n’avez pas mis Londres, vous n’apparaitrez pas dans les recherches. Il faut également un certain nombre de connexions. C’est une nécessité en Angleterre d’utiliser son réseau pour chercher du travail. Dans 80% des cas, les candidats trouvent du travail grâce à leur réseau. C’est important aussi d’avoir des références, on n’y pense pas forcément mais ici ça compte. Ça peut être des clients, des fournisseurs, des tuteurs de mémoire, des personnes qui vous ont côtoyé et qui peuvent témoigner de vos qualités professionnelles.

Est-ce que vous pensez que la perspective du Brexit a créé des changements dans ces pratiques ou pas ?

Du point de vue de la Chambre, où nous avons un département qui aide les entreprises à s’implanter en Angleterre, il n’y a eu aucune diminution dans le nombre d’implantation et de création de sociétés depuis un an et demi. Du côté du recrutement, il n’y a pas eu de diminution des postes, bien au contraire, même s’il n’y a pas eu d’augmentation non plus. Cependant, il faut savoir qu’à la CCI, nous ne nous occupons pas du tout de postes en finance. Le Brexit n’empêche pas les gens de chercher du travail en Angleterre. Si un jour il y a un besoin de visa, ce sera une difficulté supplémentaire mais ça n’empêchera pas de travailler. 11% de la force vive en Angleterre est faite d’étrangers, ils ne peuvent pas faire sans. C’est toujours un marché vivant, actif, où on laisse la chance aux gens. C’est difficile de trouver du travail car la concurrence est rude et pour peu qu’on parle mal anglais, on se retrouve face à des gens qui maîtrisent la langue et qui ont une expérience locale, mais ça reste possible.

Quels sont les atouts des Français sur le marché du travail anglais ?

Dans les nouvelles technologies, les Français ont un niveau d’éducation supérieur aux Anglais, même s’ils commencent à rattraper leur retard. Ils ont une technicité plus forte et sont encore assez demandés. Les ingénieurs français sont toujours reconnus, quelle que soit leur spécialité. Les grosses sociétés du rail recrutent énormément d’ingénieurs français. Il y a encore des métiers qui restent assez ouverts aux Français.

Le service RH et recrutement de la CCI a été ouvert en 2012. Il propose une activité de conseil aux Français en recherche d’emploi (gratuite) et aux entreprises (payante). Sur les deux dernières années, le service a placé 120 personnes.